Témoignage d'HOWARD HENSLEIGH, Lt du 517th PRCT, parachuté dans la région de Fayence le 15 août 1944
Vous êtes intéressé par l’action de la 517ème aéroportée lors du débarquement de Provence.
J’étais là, et je peux parler de Callian, Fayence, Montauroux, et St-Cezaire un village vers le nord-est.
Je suis enchanté de me rappeler le nom de ces villages, noms qui ravivent les mémoires et les esprits des membres de notre association d’anciens de la 517ème Aéroportée.
Nous nous rappelons le terrain et les gens qui ont vécu là. C'est gratifiant de savoir qu'il y a des jeunes qui célèbrent et préservent la mémoire des évènements historiques de 1944.
Ces évènements ont permis de libérer une partie du paysage le plus pittoresque au monde connu sous le nom de Provence.
Ce n'est pas étonnant que de jeunes habitants de cette région nous aient aidés à accomplir cette libération.
J'étais chez vous par trois fois dont deux avec les éléments du troisième bataillon du 517th.PRCT, équipe régimentaire de combat.
La première foi c’était par erreur, quand notre aviation nous a laissé « tomber » près de Callian, au lieu du Muy et de La-Motte. La mission des troupes du premier groupe aéroporté sous le commandement du Général Fredericks était de former un "parapluie" de protection pour les troupes d'invasion venant par la mer.
Avion après avion, nous avons décollé d'une piste en Italie après minuit le 14 août. Le vol a pris environ trois heures. Nous étions en formation serrée. Le vol était chaotique car nous étions dans les turbulences des avions qui étaient devant nous.
Aux environs de 4 heures 15, la lumière rouge s’est allumée, nous indiquant d’être prêt à sauter et enfin est arrivé le feu vert nous demandant de sauter. Il faisait très sombre. Nous avons « frappé » le sol plus rapidement que prévu.
Dès l'atterrissage, nous avons suspecté que nous n'étions pas dans la vallée choisie pour la zone de largage. Après que le bruit de l'avion se soit estompé, nous avions un sentiment d'isolement et d’inquiétude bien que des parachutistes soient habituellement dispersés en de pareil cas.
J'ai arrimé mon descendeur, ai assemblé mon M-1 et signalé ma position. Bientôt j'avais rassemblé douze soldats, pas tous de ma section de mitrailleuse. Puisque je n'étais pas sûr d’où nous étions, j'ai envoyé une dizaine d’hommes dans toutes les directions sur « cinq cents yards ». En quelques minutes ils étaient tous revenus.
Un d’eux a indiqué qu'il avait trouvé une maison. J'ai laissé les Sergents Boyer et Podalac rassembler les autres hommes et équipements et j’ai pris cinq hommes pour voir si nous pouvions trouver cette maison afin de pouvoir nous localiser. J'ai placé mes hommes derrière des arbres avant de soulever le heurtoir en laiton de la porte que nous avons trouvée dans l'obscurité.
Après avoir frappé le heurtoir plusieurs fois, j'ai entendu une voix de femme venant du balcon au dessus de moi me demander, ce que j'ai supposé être "qui est là ?" Dans mon mauvais Français j'ai répondu que nous étions des parachutistes américains.
On nous a invités à entrer. J'ai dû déplier plusieurs cartes avant de trouvér une avec Callian et Fayence… Vos voisins, vos amis, vos parents nous ont orientés et un homme courageux de Callian a été notre guide sur le chemin à le Muy. Son épouse, réalisant le danger, l'a embrassé et lui a dit au revoir, ses yeux pleins de larmes.
Nous avons rassemblé le troisième bataillon dispersé et après une marche forcée, avons, avec succès, attaqué et pris la partie sud du village des Arcs dans l’après-midi et la soirée du 16 août.
La deuxième visite a été voulue par notre commandant car nous avions eu des accidents de saut dans votre secteur (jambes, dos et bras cassés).
Tandis que le reste du 517th PIR était dans le secteur du Muy, il m’a envoyé à Callian et le Capitaine McGeever dans la région de Fayence afin de ramener les blessés vers un hôpital.
Malheureusement, les Allemands occupaient le secteur. Les habitants de Callian m'ont dit que les blessés suite aux sauts avaient été déplacés à Montauroux, village qui était encore tenu par une grande force allemande.
Un homme de Callian connaissait une manière d'entrer dans Montauroux sans alerter les Allemands et s’est offert d’aller avec moi. Le commandant du 141st Régiment d’Infanterie était sur le point de bombarder Montauroux avec l'artillerie en vue d'une attaque sur la ville. Je lui ai demandé d'attendre jusqu'à ce que je puisse lui faire un rapport.
Quand nous sommes arrivés à Montauroux, les Allemands chargeaient leurs camions et étaient sur le point de s’en aller. Quand ils sont partis j'ai transmis par radio au Colonel du 141st R.I qu'il pouvait avancer sans artillerie et sans combattre. Ainsi les toits de Montauroux, et de nombreuses vies ont été épargnés par nos efforts.
La bonne nouvelle était que les Allemands avaient laissé nos blessés dans la petite clinique médicale donnant sur la vallée en dessous. Notre chirurgien de bataillon, le Capitaine Plassman, était le responsable. Il avait traité plusieurs soldats allemands blessés et avait effectué une opération de secours sur un de leurs officiers. Certaines des choses qui se produisent durant les combats sont inexplicables. Il a été habillé d’une blouse médicale blanche et tout était en règle.
Le Lieutenant Colonel Zais m'avait donné deux cartons de cigarettes, celles-ci ont rendus les fumeurs presque aussi heureux que d’être transportés vers un hôpital militaire par le "chariot à viande" (ambulance) du 141st R.I.
Voici l’histoire de ma troisième « visite » à Fayence.
Le troisième bataillon entier était censé être de retour dans la région de Callian. En allant vers le village à pied, la moitié du bataillon avait été dispersé et égaré et, au lieu de venir à Callian, a été dirigée vers Fayence qui était tenu par un gros contingent de troupes allemandes.
Le Lieutenant Colonel Paxton, notre commandant de bataillon, m’a dit de prendre une vieille berline noire et de descendre la route vers Fayence afin de récupérer "les moutons perdus".
Je lui ai dit que Fayence était dans les mains ennemies, mais lui m'a assuré que la route était claire (ne doutez jamais des mots de l'officier commandant !).
J'ai pris cette route avec un homme de la 1ère compagnie dans la vieille voiture noire. Quand nous sommes arrivés près de Fayence, les Allemands ont commencé à nous canarder avec des obus de
Nous avons rampé hors de la voiture dans un fossé pour nous mettre à l’abri.
Un peu plus tard nous avons repris la voiture et une jeep appartenant à un colonel britannique. Les quatre pneus de la jeep étaient à plat et nous avons trouvé à l’intérieur une carte, marquée "secret", celle-ci montrait tous les endroits où se trouvaient les FFI dans le sud de
Le fait d’avoir éviter que cette carte tombe dans des mains de l'ennemi a probablement sauvé un certain nombre de vies !
Le Capitaine Joe McGeever, à la tête d’un camion de munitions, avec son conducteur et une partie de la section du bataillon S-2, dont George Meline, a crié vers les lignes allemandes, signalant qu’il transportait des blessés suite aux accidents de saut près de Fayence et qu’ils les conduisait vers un hôpital.
Plusieurs jours plus tard le Sgt. Heckard a aidé à libérer Fayence et a participé à la capture d’un grand nombre d'ennemi, action pour laquelle il lui a été attribué
Après avoir laissé votre secteur nous nous sommes immédiatement dirigés vers le village de Saint-Cezaire, une autre ville voisine.
Si le maire de cette ville recherche toujours son automobile Fiat, présentez-lui nos excuses. Nous l'avons utilisé comme Scout-Car de reconnaissance dans la région du Col de Braus de Sospel où nous l’avons laissée !!!
Je ne pourrais conclure cette lettre sans exprimer l'admiration pour les personnes de votre secteur. Elles étaient toujours utiles. Nous n’aurions rien pu faire sans les informations, les conseils et l’approvisionnement de ces civils, leur aide a été indispensable. Bon nombre d'entre vous nous ont accueilli, à domicile, où nous avons partagé nos rations K cuisinées avec vos légumes frais et qui se sont transformées en banquet ! Surtout, vous avez toujours été amical et avez exprimé votre gratitude pour tout ce que nous faisions.
Nous nous sommes rappelez à l’époque que les Français nous avaient aidés, il y a 200 ans, à gagner notre indépendance. Nous n'avons pas oublié cela et nous sommes touchés qu’aujourd’hui vous vous rappeliez de nous également.
Je vous raconterai la suite dans un autre courrier,
Howard Hensleigh