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UNE SEMAINE EN AOUT - 1ère Partie

Récit écrit par Bruno Sallé, d'après divers témoignages.


Quand la liberté tombait du ciel…

Lundi 14 août 1944, 21 heures


L’obscurité et le silence ont envahi cette soirée du mois d’août où la chaleur persiste, comme suspendue. Cette nuit ressemble à toutes les nuits d’été dans le Haut-Var.

Ici et là, les habitants s’affairent encore. Simone et Henry s’apprêtent à quitter le château de Bourigaille, où ils viennent de rendre visite à des amis.

Henry est médecin et après un mois de congés, retourne maintenant à Marseille avec son épouse. Au moment de se séparer, leurs hôtes suggèrent qu’à leur avis, ils ne pourront probablement pas retourner à Marseille, ni ce soir ni dans les jours qui viennent sans donner plus de détails.

Intrigués, Simone et Henry rentrent chez eux, et se demandent bien ce que le propos énigmatique de leurs amis peut bien cacher. Que pourrait-il bien se passer de si important qui empêcherait notre retour sur Marseille ? Mais Simone se rassure en se disant qu’il fera bien jour demain !

Dans un tout autre lieu, Michelle, René, Roger, Félix et beaucoup d’autres espèrent entendre un message précis. Lorsqu’à 20 heures, ils entendent enfin « PPP » sur la BBC, ils n’en reviennent pas ! Presque dix semaines se sont écoulées depuis la nouvelle historique du 6 Juin, et ça y est enfin : Un nouveau débarquement vient d’être confirmé et celui-ci aura lieu sur les côtes du Var ! L’émotion fait rapidement place à l’angoisse et la peur, la tension est palpable mais c’est surtout la joie au fond qui les submerge : l’excitation à peine contenue à l’idée d’agir ouvertement contre l’ennemi et de faire honneur à la Patrie, après toutes ces années d’humiliations et de luttes clandestines.

Le plan depuis si longtemps finalisé va enfin être mis en action ; les hommes et les femmes aguerris sont prêts à tout et chacun connaît son rôle particulier. En effet, depuis quelque temps déjà, les parachutistes anglo-américains des équipes Jedburgh-Spectre sont à pied d’œuvre dans les massifs au nord de Fayence. Il va falloir couper certaines voies de communication, détruire des ponts et des réseaux routiers, faire sauter le camion « radio » stationné à la Roche. Autant de missions que ces hommes et ces femmes de l’ombre ont préparé tant de fois dans leur tête.

La nouvelle se répand comme une traînée de poudre, la torpeur de cette nuit d’été s’est volatilisée. Il est décidé de mettre à l’abri familles et amis. Henriette, une jeune villageoise, suit de près son père, sa mère et ses frères et sœurs : « On va tous se rendre à la campagne, dit son père, là-bas, on devrait pas avoir d’ennuis ! ». Comme tant d’autres, ils se mettent en route sur les chemins peu empruntés afin d’éviter les patrouilles allemandes qui sillonnent la région.

Il fait nuit noire maintenant, une brume légère flotte dans l’air, et les étoiles dans le ciel n’apparaissent qu’à travers le brouillard diffus et jouent à cache-cache. Henriette vient d’atteindre avec sa famille l’endroit prévu dans les hauteurs, situé entre Fayence et Tourrettes. Ils s’installent, aux aguets du moindre bruit, du moindre mouvement. Mais tout est immobile et silencieux. Les enfants finissent par s’assoupir et l’attente commence.

Mardi 15 août 1944, 3 heures un quart du matin

Décollés quelques heures plus tôt de leur base italienne, les Dakota américains survolent la région, et s’apprêtent à larguer leur chargement précieux : 5000 parachutistes, artilleurs et sapeurs de la première vague. Ils viennent de leur lointaine Amérique, et n’ignorent pas tous les risques de leur mission, nombre d’entre eux ayant déjà connu leur baptême du feu en Afrique du Nord ou en Italie.

Le Sergent Howard Ensleigh est de ceux-là, et commande un groupe de combat. Sa principale inquiétude est de préserver absolument sa troupe. Mais l’anxiété se lit sur les visages de ses boys, et de ceux en particulier qui n’ont encore pas subi l’épreuve du feu. Ils s’interrogent tous sur leur destination, sur ce qui les attendent une fois au sol…

Leur préparation a bien sûr été minutieusement planifiée mais la guerre est cruelle et l’ennemi farouche.

A bord du C-47, le silence est pesant. Quelques jokes fusent pour détendre l’atmosphère mais la plupart pensent à ceux qu’ils ont laissé là-bas, à leurs compagnes ou bien ils prient tout simplement : l’un embrasse une photo, un autre une médaille de la Vierge, chacun exorcise la peur à sa manière. Leurs regards convergent souvent vers les ampoules électriques sur le ventre de l’appareil. Pour l’instant, seules les vertes sont allumées mais lorsqu’elles deviendront rouges alors…


Mardi 15 août 1944, 4 heures et demi du matin

Soudain, un vrombissement emplit le ciel et un bruit assourdissant se répandit dans les collines. Gilbert, le frère d’Henriette, s’exclame : « ça y est, des avions arrivent, des avions arrivent, c’est le débarquement ! » A travers la brume et l’obscurité qui se lèvent, un spectacle hallucinant se produit alors sous leurs yeux. Une explosion immaculée envahit tout le ciel : dix, vingt, cent, un millier peut-être se rapprochent et donnent l’impression que le ciel est couvert de champignons blancs.

(à suivre…)